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La Fée Et La Péri (The Fay And The Peri)

Victor Marie Hugo 1802 (Besançon) – 1885 (Paris)



I

Enfants ! si vous mouriez, gardez bien qu'un esprit
De la route des cieux ne détourne votre âme !
Voici ce qu'autrefois un vieux sage m'apprit : -
Quelques démons, sauvés de l'éternelle flamme,
Rebelles moins pervers que l'Archange proscrit,
Sur la terre, où le feu, l'onde ou l'air les réclame,
Attendent, exilés, le jour de Jésus-Christ.
Il en est qui, bannis des célestes phalanges,
Ont de si douces voix qu'on les prend pour des anges.
Craignez-les : pour mille ans exclus du paradis,
Ils vous entraîneraient, enfants, au purgatoire ! -
Ne me demandez pas d'où me vient cette histoire;
Nos pères l'ont contée; et moi, je la redis.

II

LA PÉRI
Où vas-tu donc, jeune âme?... Écoute !
Mon palais pour toi veut s'ouvrir.
Suis-moi, des cieux quitte la route;
Hélas ! tu t'y perdrais sans doute,
Nouveau-né, qui viens de mourir !
Tu pourras jouer à toute heure
Dans mes beaux jardins aux fruits d'or;
Et de ma riante demeure
Tu verras ta mère qui pleure
Près de ton berceau, tiède encor.
Des Péris je suis la plus belle;
Mes sueurs règnent où naît le jour;
Je brille en leur troupe immortelle,
Comme entre les fleurs brille celle
Que l'on cueille en rêvant d'amour.
Mon front porte un turban de soie;
Mes bras de rubis sont couverts;
Quand mon vol ardent se déploie,
L'aile de pourpre qui tournoie
Roule trois yeux de flamme ouverts.
Plus blanc qu'une lointaine voile,
Mon corps n'en a point la pâleur;
En quelque lieu qu'il se dévoile,
Il l'éclaire comme une étoile,
Il l'embaume comme une fleur.

LA FÉE

Viens, bel enfant ! Je suis la Fée.
Je règne aux bords où le soleil
Au sein de l'onde réchauffée
Se plonge, éclatant et vermeil.
Les peuples d'Occident m'adorent
Les vapeurs de leur ciel se dorent,
Lorsque je passe en les touchant;
Reine des ombres léthargiques,
Je bâtis mes palais magiques
Dans les nuages du couchant.
Mon aile bleue est diaphane;
L'essaim des Sylphes enchantés
Croit voir sur mon dos, quand je plane,
Frémir deux rayons argentés.
Ma main luit, rose et transparente;
Mon souffle est la brise odorante
Qui, le soir, erre dans les champs;
Ma chevelure est radieuse,
Et ma bouche mélodieuse
Mêle un sourire à tous ses chants.
J'ai des grottes de coquillages;
J'ai des tentes de rameaux verts;
C'est moi que bercent les feuillages,
Moi que berce le flot des mers.
Si tu me suis, ombre ingénue,
Je puis t'apprendre où va la nue,
Te montrer d'où viennent les eaux;
Viens, sois ma compagne nouvelle,
Si tu veux que je te révèle
Ce que dit la voix des oiseaux.

III

LA PÉRI

Ma sphère est l'Orient, région éclatante,
Où le soleil est beau comme un roi dans sa tente !
Son disque s'y promène en un ciel toujours pur.
Ainsi, portant l'émir d'une riche contrée,
Aux sons de la flûte sacrée,
Vogue un navire d'or sur une ruer d'azur.
Tous les dons ont comblé la zone orientale.
Dans tout autre climat, par une loi fatale,
Près des fruits savoureux croissent les fruits amers;
Mais Dieu, qui pour l'Asie a des yeux moins austères,
Y donne plus de fleurs aux terres,
Plus d'étoiles aux cieux, plus de perles aux mers.
Mon royaume s'étend depuis ces catacombes
Qui paraissent des monts et ne sont que des tombes,
Jusqu'à ce mur qu'un peuple ose en vain assiéger,
Qui, tel qu'une ceinture où le Cathay respire,
Environnant tout un empire,
Garde dans l'univers comme un monde étranger.
J'ai de vastes cités qu'en tous lieus on admire
Lahore aux champs fleuris; Golconde; Cachemire;
La guerrière Damas; la royale Ispahan;
Bagdad, que ses remparts couvrent comme une armure;
Alep, dont l'immense murmure
Semble au pâtre lointain le bruit d'un océan.
Mysore est sur son trône une reine placée;
Médine aux mille tours, d'aiguilles hérissée,
Avec ses flèches d'or, ses kiosques brillants,
Est comme un bataillon, arrêté dans les plaines,
Qui, parmi ses tentes hautaines,
Élève une forêt de dards étincelants.
On dirait qu'au désert, Thèbes, debout encore,
Attend son peuple entier, absent depuis l'aurore.
Madras a deux cités dans ses larges contours.
Plus loin brille Delhy, la ville sans rivales,
Et sous ses portes triomphales
Douze éléphants de front passent avec leurs tours.
Bel enfant ! viens errer, parmi tant de merveilles,
Sur ces toits pleins de fleurs ainsi que des corbeilles,
Dans le camp vagabond des arabes ligués.
Viens; nous verrons danser les jeunes b
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Submitted on May 13, 2011

3:54 min read
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Victor Marie Hugo

Victor Marie Hugo was a French poet, novelist, and dramatist of the Romantic movement. He is considered one of the greatest and best known French writers. In France, Hugo's literary fame comes first from his poetry but also rests upon his novels and his dramatic achievements. Among many volumes of poetry, Les Contemplations and La Légende des siècles stand particularly high in critical esteem. Outside France, his best-known works are the novels Les Misérables, 1862, and Notre-Dame de Paris, 1831. Though a committed royalist when he was young, Hugo's views changed as the decades passed; he became a passionate supporter of republicanism, and his work touches upon most of the political and social issues and artistic trends of his time. He was buried in the Panthéon. more…

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