Rate this poem:(0.00 / 0 votes)

La plaine (I)

Emile Verhaeren 1855 (Sint-Amands) – 1916 (Rouen)



Je veux mener tes yeux en lent pèlerinage
Vers ces loins de souffrance, hélas ! où depuis quand,
Depuis quels jours d'antan, mon coeur fait hivernage !

C'est mon pays d'immensément,
Où ne croît rien que du néant,
Battu de pluie et de grand vent.

C'est mon pays de long linceul.
Mes rivières y font de lents serpents
D'eau jaune à travers de grands pans
De terrains planes et rampants.

C'est mon pays sans un seul pli, un seul,
C'est mon pays de grand linceul.

Quelques rares hérons, au bord de marais faux,
Quelques pauvres hérons, dans leur bec en ciseaux,
Tordent, au soir tombant, des vers et des crapauds.

Et quelques vols parfois de corneilles lointaines
Avec de grands haillons d'ailes, grincent des haines
Aux quatre coins des longues plaines.

C'est mon pays d'immensément,
Où mon vieux cœur morne et dément,
Battu de pluie et de grand vent,
Comme un limon, moisit dormant.

Mes villages au clair - depuis quel temps ? -
Et mes cloches vers les vaisseaux partants
Et mes vergues et mes mâts exaltants
Ils sont au fond - depuis quel temps ? -
D'estuaires de plomb et de bas-fonds d'étangs ?

Mes villages d'enfance et de fierté,
Mes villages de joie et de tours de fierté,
Ils ont sombré - depuis quels soirs ? -
D'équinoxes de cuivre en des cieux noirs ?

C'est non pays d'immensément
Où ne croît rien que du néant
Battu de pluie et de grand vent.

La toujours uniformité des jours
Rabaisse en moi le moindre effort
Levé, soit vers la vie ou vers la mort.

Ne plus même crier - mais croupir là toujours
Comme un cadavre en or de proue
En de la vase et de la boue ;
Ne plus même sentir cette douleur
Héroïque de son malheur ;
Rien - que la main de sa rancoeur,
Etendre un aujourd'hui de coeur
Morne, vers un demain qui sera morne aussi,
Le même qu'hier - et qui toujours comme aujourd'hui
Étendra morne et morne encore
Le lendemain vers l'autre aurore.

C'est mon pays d'immensément,
Où ne croît rien que du néant,
Battu de pluie et de grand vent,
Autour de quoi tournent l'ennui de fer
Et les mécaniques des nuits d'hiver.
Et les bâillements des astres et les cieux noirs
En deuil de tant de soirs
Depuis des tas d'années
D'habitudes agglutinées.

Et serais-je toujours l'enseveli
De ces landes d'immense oubli ?
Celui pour qui ces vols de haines
Aux quatre coins des longues plaines,
Grincent depuis quels temps, leurs cris toujours les mêmes ?
Celui dont les hérons, la nuit,
Dont les maigres hérons, droit sur la dune,
Avalent, aux minuits de lune,
Immensément, les vers et les bêtes d'ennui.

Et maintenant tes yeux savent ces loins de plage
Où mon si morne coeur, hélas ! - et depuis quand ? -
Depuis quels jours d'antan fait hivernage.

Font size:
 

Submitted on May 13, 2011

2:30 min read
36 Views

Emile Verhaeren

Emile Verhaeren was a Belgian poet who wrote in the French language, and one of the chief founders of the school of Symbolism. more…

All Emile Verhaeren poems | Emile Verhaeren Books

FAVORITE (0 fans)

Discuss this Emile Verhaeren poem with the community:

0 Comments

    Translation

    Find a translation for this poem in other languages:

    Select another language:

    • - Select -
    • 简体中文 (Chinese - Simplified)
    • 繁體中文 (Chinese - Traditional)
    • Español (Spanish)
    • Esperanto (Esperanto)
    • 日本語 (Japanese)
    • Português (Portuguese)
    • Deutsch (German)
    • العربية (Arabic)
    • Français (French)
    • Русский (Russian)
    • ಕನ್ನಡ (Kannada)
    • 한국어 (Korean)
    • עברית (Hebrew)
    • Gaeilge (Irish)
    • Українська (Ukrainian)
    • اردو (Urdu)
    • Magyar (Hungarian)
    • मानक हिन्दी (Hindi)
    • Indonesia (Indonesian)
    • Italiano (Italian)
    • தமிழ் (Tamil)
    • Türkçe (Turkish)
    • తెలుగు (Telugu)
    • ภาษาไทย (Thai)
    • Tiếng Việt (Vietnamese)
    • Čeština (Czech)
    • Polski (Polish)
    • Bahasa Indonesia (Indonesian)
    • Românește (Romanian)
    • Nederlands (Dutch)
    • Ελληνικά (Greek)
    • Latinum (Latin)
    • Svenska (Swedish)
    • Dansk (Danish)
    • Suomi (Finnish)
    • فارسی (Persian)
    • ייִדיש (Yiddish)
    • հայերեն (Armenian)
    • Norsk (Norwegian)
    • English (English)

    Citation

    Use the citation below to add this poem to your bibliography:

    Style:MLAChicagoAPA

    "La plaine (I)" Poetry.com. STANDS4 LLC, 2021. Web. 26 Oct. 2021. <https://www.poetry.com/poem/11201/la-plaine-(i)>.

    Become a member!

    Join our community of poets and poetry lovers to share your work and offer feedback and encouragement to writers all over the world!

    Browse Poetry.com

    Quiz

    Are you a poetry master?

    »
    "I walk down the garden paths, and all the daffodils are blowing"
    • A. Elizabeth Barrett Browning
    • B. Amy Lowell
    • C. Emily Dickinson
    • D. Gwendolyn Brooks

    Our favorite collection of

    Famous Poets

    »